Pause syndicale

Chers lecteurs, chômeurs, stagiaires et autres électeurs,

Je vous rassure, je n’ai pas trouvé de travail. Seulement, à cause de la prime de Noël de la Caf qui s’est élevée à 150 euros en décembre, j’ai eu largement de quoi vivre depuis tout ce temps. Je me suis accordé un peu de repos. J’ai pu partir en vacances, manger à ma faim au restaurant, me détendre en Thalassothérapie et m’acheter plein de crèmes L’Occitane. En quelques mois, j’ai tout dépensé l’argent de l’Assistanat. Je suis donc presque obligée de reprendre mes recherches d’emploi, même si personne ne semble intéressé par mon embauche. En effet, je n’ai pas encore eu la chance de décrocher un entretien ni même un simple appel téléphonique, mais je ne désespère pas. Vous voyez, entre une lettre classique ou Fistolée, c’est le même pourcentage de personnes intéressées.

Mais je dois vous avouer. Je me suis tordu le genou il y a quelques semaines, ce qui constitue un véritable frein psychologique à mes candidatures, même si je ne veux pas rentrer dans les détails complexes du processus de l’écriture de lettres par rapport à l’amplitude de flexion d’un genou. Oh, un accident stupide : je mangeais des chips en pyjama devant la télé, quand tout à coup j’ai voulu attraper une bière sans être obligée de me lever. Je me suis penchée vers la bière, et crac, le genou. Voilà. Mais malgré mon état, je n’ai eu aucun arrêt de travail. Pas même une compensation financière du fait de mon statut d’handicapée de passage! Ni rien, à part un trou de la Sécu béant au vu de mon dossier CMU qui n’est jamais parvenu au bon bureau malgré quatre aller-retours de deux mois chacun par la Poste.

OUI, me direz-vous, mais la fille elle travaille pas, donc elle cotise pas, donc c’est bien normal qu’elle paye les centaines d’euros d’hôpital moche qui pue et de kinésithérapeutes stagiaires qui ne savent pas localiser un ligament sur la rotule! Evidemment. On a la médecine qu’on mérite. Alors rassurez-vous: j’ai décidé de boycotter les soins pour pas approfondir davantage la dette du monde. Je sais bien que j’ai une culpabilité à être responsable là-dedans. Je suis donc obligée d’attendre encore pour marcher normalement. Et comme mon propre déficit se creuse de jour en jour, je suis revenue habiter chez ma mère. Voilà. Je fais une pause dans les candidatures Fistolées, car il faut déjà que je me Rafistole moi-même. Et ça, ça passe aussi par un deuxième tour d’élections présidentielles.

Moi et mon genou gauche, on ira voter sans traîner la patte. C’est important pour nous. Depuis vingt ans qu’on a grandi sous la droite, on est au bord de la mort. Je dis pas que ce serait un arc-en-ciel de bonheur avec des tranches de saumon fumé pour tous les jours, ni même la fin des haricots du chômage avec la suppression des pauvres et des stages. Non. Mais au moins, il y aurait une petite odeur de printemps. Vous savez, avec les cerises…

Techniquement, je ne peux pas aller galoper ni chanter l’Internationale le poing levé en ce 1er mai qui arrive sous la pluie. Je suis assez triste, mon appareil photo aussi. Il est abandonné là sans avoir le droit de capturer les dernières gouttes de l’ère qui se termine. Mais s’il vous plaît, allez-y pour moi! Sans passer par Trocadéro ni Opéra, merci. Ou alors dites-leur de ma part : la jeunesse emmerde le Front National et le vrai travail.

Je vous aime et je vous dis à très bientôt, j’espère. Continuez de m’envoyer vos lettres!

Sara Fistole.